Affichage des articles dont le libellé est compte-rendu. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est compte-rendu. Afficher tous les articles

vendredi 29 janvier 2010

Compte-rendu de la conférence de Bernard Teper

Politique de santé : quelles alternatives aux politiques néolibérales actuelles ?

Bernard Teper est le secrétaire national de l'Union des familles laïques (UFAL). Il a coordonné un livre intitulé Santé-Assurance-maladie : quelles alternatives au néolibéralisme ? paru en 2004 aux Editons Mille et une nuits. Il a co-fondé et animé les Etats généraux de la santé et de l'assurance-maladie (EGSAM) ainsi que le Collectif national contre les franchises, pour l'accès aux soins partout et pour tous et pour une sécurité sociale solidaire.

L’UFAL est un mouvement d’Education populaire. C’est très important pour moi de repartir de la base, au plus près des couches populaires car il s’agit pour nous de partir à l’assaut des consciences. Nous devons, comme le préconisait Gramsci, gagner le combat culturel, retrouver l’hégémonie politique pour ensuite pouvoir gagner le pouvoir politique.
Notre thématique de ce soir est extrêmement importante et pourtant trop peu comprise et débattue sur la place publique. Sachez que le budget de la Sécu (425 milliards d’euros) est supérieur au budget de l’Etat (300 milliards d’euros). L’ensemble de la protection sociale (sécu + chômage + handicap + personnes âgées) représente 540 milliards d’euros par an soit 31% du PIB de la France ! Peu présentes dans les campagnes électorales, ces questions sont fondamentales pour nos concitoyens.

1. Les fondements de la Sécurité sociale

Tout commence en 1943 avec la fondation du Conseil National de la Résistance (CNR). Il s’agit à l’époque de mener la bataille militaire, bien sûr, mais aussi de préparer un projet politique pour l’après-guerre.
Les ordonnances créant la sécu datent d’octobre 1945, sous le gouvernement d’union nationale dirigé par le Général de Gaulle. C’est le principe de solidarité républicaine qui est à la base de la sécu : chacun paie selon ses moyens et reçoit selon ses besoins. On en est loin aujourd’hui…
En effet, dès les années 1950, autour de la société du Mont Pèlerin et de Van Hayek, certains milieux préparent la contre-révolution néolibérale que nous subissons depuis 40 ans.

2. Comment a-t-on détruit ce principe de solidarité républicaine ?

De 1945 à 1967, rien ne change. La sécu est gérée par les représentants élus des assurés sociaux. Ce n’est ni l’Etat, ni le marché qui décident.
La réforme de 1967 est la première étape de ce processus de contre-réforme. En effet, c’est le début du paritarisme (gestion 50% du patronat, 50% des syndicats). Mais les attaques ne viennent pas que de la droite.
En 1983, le vers est déjà dans le fruit avec l’introduction des premières franchises et du forfait hospitalier.
En 1995, la réforme Juppé fait entrer la sécu dans l’air de l’étatisation avec la création des Agences Régionales d’Hospitalisation (ARH), structure totalement bonapartiste au service de la marchandisation de l’hôpital : ce qui est rentable passe dans les cliniques privées, ce qui ne l’est pas reste dans l’hôpital public.
En 2001, le cadre juridique des mutuelles est aligné sur les règles assurantielles.
En 2002, c’est l’accélération de la privatisation avec le plan Hôpital 2007 est la tarification à l’acte (T2A).
En 2003, c’est la montée en puissance des mutuelles privées.
En 2004, l’augmentation des franchises entrainent une forte hausse de la renonciation aux soins, estimée aujourd’hui à 17% des Français. Cette pratique est totalement contre-productive car les pathologies deviennent plus lourdes, traitées tardivement et à l’hôpital d’où un surcout pour la sécu…
En 2008, le taux de remboursement de la sécu passe à moins de 75%

3. Le « trou » de la sécu

Rappelons que 6% de la population représentent 52% des dépenses de la sécu, mais bien sûr, ces 6% ne sont pas toujours les mêmes.
Ce qui coûte cher, ce sont les pathologies lourdes et la fin de vie. C’est pourquoi le privé fait tout pour exclure ces cas-là en draguant les jeunes qui ne coûtent rien !
La sécu avait une double solidarité : solidarité selon les revenus et solidarité selon l’âge. Aujourd’hui, on est passé du principe de solidarité à la gestion du risque, renvoyant chacun à sa propre personne.
Alors ce trou n’en est pas un ! Il y a simplement eu sur 25 ans le déplacement d’un peu moins de 10% de la richesse produite en France des salaires (et donc des cotisations) vers les profits. Ce manque à gagner représente 170 milliards d’euros par an ! Pour information les prévisions du « trou » de la sécu pour cette année sont de 30 millions de déficit…seulement.

4. Les retraites

Je ne rentrerai pas dans le détail ici car les logiques sont les mêmes que pour la santé. Rappelons-nous que les retraites ont 3 manettes :
• Le montant des prélèvements
• Le montant des retraites
• La durée de cotisation
Si on considère, comme les néolibéraux, que les deux premiers outils sont intouchables, alors en effet il ne reste que la durée de cotisation dans le débat ! Je refuse cette logique, il faut discuter des trois manettes d’intervention !

5. L’actualité des contre-réformes

La loi Bachelot ou HPST accentue les dérives déjà observées :
• l'Hôpital devient véritablement une entreprise
• création de Communautés Hospitalières de Territoire (CHT) qui permet de justifier la fermeture des maternités et hôpitaux de proximité
• création des Agences Régionales de Santé (ARS), paroxysmique de ces méthodes bonapartistes au service du néolibéralisme.
Précisons aussi que le récent projet de financement de la sécu a légalisé, avec accord de presque tous les syndicats, le secteur dit optionnel qui pratique les dépassements d'honoraires.
On comprend bien ainsi que l'étatisation du système n'a été qu'une étape nécessaire pour accomplir sa privatisation actuelle et à venir si rien ne change. Le processus de marchandisation de la santé se poursuivra à moins qu'un sursaut civique, une insurrection des consciences se fassent jour. Il faut donc intensifier, ce que nous faisons ce soir, notre grande campagne d'éducation populaire, mais aussi présenter un projet alternatif.

6. Un projet alternatif :

• Il faut sortir d'une logique de soin pour avoir une logique de santé. Ce ne sont plus les maladies infectieuses qui présentent le plus de problèmes aujourd'hui en France mais les maladies chroniques qui demandent certes des soins mais aussi et surtout de la prévention.
• Il faut mieux répartir les richesses, augmenter les salaires et donc la part des salaires dans le PIB pour retrouver des marges de financement de la sécu.
• Le remboursement de la sécu à 100% doit être un objectif. Rien d'impossible, les règles concordataires de l'Alsace-Moselle le rendent effectifs dans 3 départements français, pourquoi pas partout ailleurs ?
• Il faut rétablir les élections à la sécu et que les représentants des assurés soient aux manettes de la gestion
• Il faut une recherche pharmaceutique dans le public et pour le public, cela éviterait l'intox de la grippe H1N1...
• Pour rééquilibrer la démographie médicale et refuser les « déserts médicaux », nous proposons un numerus clausus régional qui surdorerait les régions déficitaires et obligerait les nouveaux médecins à accomplir 5 ans de service dans leur région de formation.
• Il faut arrêter la fermeture des maternités et hôpitaux de proximité. Ce sont les personnels médicaux et non les patients qui doivent se déplacer.

Conclusion

La protection sociale est victime de la privatisation-marchandisation et cela risque bien de s'amplifier tant la volonté de détricoter la sécu de 1945 est forte dans les milieux patronaux.
Le monde de la santé est au centre de l'attaque néolibérale car c'est un secteur qui permettrait d'augmenter leurs profits.

Références :

- un article de Denis Kessler qui dit tout haut ce que le droite fait tout bas : http://www.challenges.fr/opinions/1191448800.CHAP1020712/adieu_1945_raccrochons_notre_pays_au_monde_.html

-le manifeste EGSAM : http://www.ufal.org/egsam/manifeste.pdf

vendredi 11 décembre 2009

Compte-rendu de la conférence de Jean-Philippe Huelin

Reconquérir les couches populaires, une nécessité pour la gauche

Un grand merci d’abord aux participants à cette conférence : vous êtes les fidèles et je suis particulièrement fier de vous présenter le fruit de mon travail. Merci également à Yves Ayats, trésorier du Cercle et à Gaël Brustier, mon ami, que vous connaissez puisqu’il a déjà été notre invité et qui est le coauteur de « Recherche le peuple désespérément ».

L’objectif de ce livre est simple et modeste : faire le bilan de santé des couches populaires en France après plus de vingt ans de néolibéralisme. Pour ce faire, il faut dans un premier temps se départir d’un mythe : celui de sa disparition dans une vaste classe moyenne. Ce mythe entretenu par droite et gauche depuis que VGE a théorisé l’accession à cette classe de « Deux Français sur trois », a définitivement vécu.

Ce peuple constitué d’employés et d’ouvriers compte toujours pour 60% de la population active. Politiquement, il a fait la décision pour le « non » au TCE en 2005 et l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007. C’est cet apparent paradoxe que nous avons voulu éclaircir en essayant de redonner à ces couches populaires une conscience de son existence et aux dirigeants politiques, surtout pour ceux de gauche puisqu’ils prétendent les défendre, une boussole sociologique. Aussi notre étude est à la fois sociologique et géographique.

1.Les ravages de la globalisation sur les couches populaires

En plus de l’augmentation du chômage, d’autres éléments démontrent le creusement des fractures sociales en France :
• La montée des inégalités en matière de revenus et de patrimoine.
• La stagnation des salaires depuis le milieu des années 1990. Quelques chiffres édifiants : le salaire net moyen d’un ouvrier est aujourd’hui de 1000 euros, il est de 900 euros pour un employé et de 650 euros pour un salarié à temps partiel.
• La baisse du rôle redistributeur de l’Etat est pour l’instant compensée par une redistribution de la richesse entre générations. Les ainés financent les plus jeunes mais cet équilibre précaire ne peut être que temporaire.
• Le drame des personnes touchant des petites retraites avec l’augmentation des suicides chez les personnes âgées.
• La pénibilité du travail, rendue médiatique par les suicides de cadres chez Renault ou France Télécom, est subie par tous. Le nouveau productivisme de l’après 35 heures est une calamité pour le monde du travail avec l’augmentation des troubles musculo-squelettiques.
• La précarisation des contrats de travail explose : +60% pour les CDD, +65% pour les stages et les emplois aidés, +130% pour les intérims.
Comment ne pas voir que les perdants de la mondialisation néolibérale sont de plus en plus nombreux et que le déclassement, cette incapacité à maintenir la position sociale des ascendants, est une réalité tragique de notre temps.

2.Une nouvelle géographie sociale et politique

a)Un monde vu des centres-villes

La hausse du prix de l’immobilier est une donnée fondamentale. Elle témoigne de la volonté de repli des élites sur elle-même dans des centres-villes douillets qui sont devenus de véritables ghettos de riches.

Or le monde d’aujourd’hui est analysé, est vu depuis ces endroits privilégiés. Ainsi, les élites réduisent par exemple le débat sur la pauvreté à celui sur les exclus et les SDF, celui sur la relégation sociale à celui sur les banlieues.

Ce processus de gentrification des centres est loin d’être une chimère. A Paris, les couches populaires qui représentaient 65% de la population en 1954 ne représentent plus que 35% des Parisiens de l’âge Delanoë.

b)La France périphérique oubliée

Cette France périphérique est constituée de l’espace périurbain et du monde rural. Il regroupe une très forte majorité de la France ouvrière. On comprend ainsi mieux pourquoi les élites urbaines ont une vision post-industrielle de la société française : ils ne voient tout simplement plus d’ouvriers !

Depuis le XIXe siècle, la gauche a un problème avec le monde pavillonnaire, or la volonté d’acquérir un pavillon est plébiscitée par les Français. Ne sachant penser un individualisme populaire, la gauche a laissé le terrain libre au candidat Sarkozy en 2007. Ce processus de périurbanisation s’est donc développé sans elle : cela concerne dans les années 60 très majoritairement les classes moyennes avant que les classes plus populaires se ruent vers cet espace périurbain dans un contexte d’augmentation du prix de l’immobilier dans les villes-centres. La précarisation économique de ces populations s’est accompagnée d’une certaine « droitisation » de l’électorat périurbain, comme si cette France des « petits moyens » voyait les barres et les tours des grands ensembles (dont elle est partie à grand peine ou qu’elle craint) se rapprocher de ces pavillons-refuges.

Le monde rural ne doit pas se résumer au monde agricole. Notons qu’il y a 35% de la population active de l’espace rural qui est ouvrière pour seulement 8% qui travaille dans l’agriculture. Cet espace est d’autant plus important aujourd’hui que nous sommes passés de l’exode rural à l’exode urbain. Loin de l’image d’Epinal de néo-ruraux friqués qui voudraient redécouvrir leurs « racines paysannes », les nouveaux arrivants le sont majoritairement malgré eux : cet espace devenant le seul à offrir des prix décents pour se loger.

Conclusion

Pour retrouver le peuple, la gauche doit apprendre à savoir qui il est, où et comment il vit. La mondialisation néolibérale a grandement fragilisée cette France périphérique, refuge des couches populaires. Il y a donc dans notre pays une base sociologique populaire, précarisée et déclassée qui attend des réponses de la gauche. Nous devons construire une coalition sociale majoritaire qui donne aux forces progressistes et populaires les moyens de revenir au pouvoir dans la durée, seule façon de véritablement transformer la donne.

Débat avec la salle :

• Il est clair que la « conscience de soi » populaire a été rognée depuis une trentaine d’années. La fin des citadelles ouvrières, le mythe de la classe moyenne, le consumérisme… tout cela a balayé cette « unité de classe » qui était le principal socle du vote communiste. Aujourd’hui, c’est autour de l’analyse des ravages de la globalisation sur des pans entiers de notre société qu’il faut rebâtir une conscience collective populaire.
• Le monde rural est un espace qui s’est fragilisé et a perdu en visibilité médiatique. Il n’est plus l’humus de la vigueur nationale. Il apparaît comme un espace résiduel, un espace ludique pour citadins en goguette. Alors que se population augmente, son développement n’est possible qu’à condition que les péréquations financières entre ville et campagne demeurent voire qu’elles soient plus favorables au monde rural. Ce ne semble pas être le sens pris par les réformes gouvernementales…
• Le bilan des 35h est clairement négatif pour les couches populaires : stagnation des salaires, dégradation des conditions de travail, augmentation des souffrances et des accidents au travail. Il y a un nouveau productivisme post-35h en France qui est plus qu’un effet pervers de la réforme Aubry.
• Je pense que la décroissance doit être populaire au sens où elle n’est pas du tout en contradiction avec une vie meilleure pour les couches populaires. Ce n’est pas une lubie de bobos qui ignoreraient le chômage pour reprendre une vision sarkozyste ! Au « toujours plus », il faut substituer le « toujours mieux » ! Cela peut effectivement passer par la gratuité pour les services publics de base (élargie…) et par un mode de vie qui redonnerait toute sa place à la vertu toute révolutionnaire de frugalité.
• Pour donner un tour plus concret à nos échanges, il y a, à mon sens, cinq points qui devraient se trouver dans un programme présidentiel qui voudrait retrouver le peuple :
- La frugalité de tous contre l’orgie néolibérale réservée à quelques uns.
- Le salaire maximum comme déclinaison radicale de cette volonté.
- Le bouclier rural pour protéger l’égalité républicaine entre les territoires.
- Le protectionnisme européen pour éviter la désindustrialisation totale de notre pays et de notre continent.
- Le retour à l’égalité comme vecteur de l’émancipation sociale.

dimanche 15 novembre 2009

Compte-rendu de la conférence de Nicolas Renahy

Les transformations sociales et politiques récentes du monde rural

Le titre de cette conférence est une gageure. En effet, il conviendrait mieux de parler des mondes ruraux tant le « rural » est hétérogène. J’ai moi-même travaillé sur un monde rural, celui de « Foulange », dans le sud de la Côte d’or (voir Les Gars du coin. Enquête sur une jeunesse rurale). Je serai donc très prudent face à toute généralisation.
Par ailleurs, il faut bien faire la différence entre rural et agricole, notions trop souvent confondues. Il ne reste plus que 8 à 10 % de la population rurale qui travaille dans l’agriculture. De plus, fidèle à ma formation auprès de Stéphane Beaud et Michel Pialoux, c’est en fait le monde ouvrier à la campagne qui m’intéresse particulièrement, ce petit monde ouvrier et rural dont on ne parle plus guère.

1. Contexte de l’étude

Je suis un sociologue de terrain, un ethnographe qui étudie la réalité au plus près pour mieux l’analyser. Mon enquête a ainsi duré de 1993 à 2004, dans cette ville que j’appelle Foulange dans le livre, un gros bourg qui a longtemps vécu essentiellement d’une mono-industrie fabriquant des cuisinières. Cette activité a fermé en deux temps (1972 puis 1981) avant que le site soit réinvesti par deux PME.
Je me suis intéressé surtout à la jeunesse de ce bourg, une jeunesse ouvrière et rurale qui semble ne pas exister puisqu’on ne parle que de la jeunesse des banlieues qui a au moins pour elle la force d’identification à une « culture jeune », ce que n’ont absolument pas les jeunes de Foulange. Mon idée générale est de montrer que la fermeture de l’usine a démonétisé le réseau d’interconnaissance dont ils bénéficiaient pour entrer dans l’usine et donc dans une certaine indépendance. Ils ont perdu leur « capital d’autochtonie ».


2. La génération des parents

Leurs parents n’ont pas bénéficié de la démocratisation scolaire, ils avaient une formation sur le tas grâce à des embauches à l’usine qui leur met le pied à l’étrier. Cette entrée précoce dans la vie active leur permet une indépendance financière avec une mise en ménage et l’arrivée du premier enfant entre 18 et 22 ans. Il est alors important d’avoir son pavillon, où les hommes bricolent le week-end.
Ils avaient en héritage un paternalisme industriel qui a permis de stabiliser la main d’œuvre et de permettre aux plus méritants une ascension sociale localisée. Le modèle, qui ne concerne qu’une minorité mais qui existe et donne de l’espérance aux autres, est le suivant :
La 1ère génération sert le patron
La 2ème génération s’en sert
La 3ème génération s’en sort
De plus, ces ouvriers ruraux profitent de l’encadrement associatif d’ « alliés de classe » (instituteurs, éducateurs…).

3. La jeunesse rurale

J’ai moi-même un capital d’autochtonie dans ce bourg avant l’enquête. Au cours de celle-ci, j’ai été saisonnier dans l’usine et licencié du club de foot. Mon propos peut donc paraître un peu daté puisque je parlerai d’une bande de jeunes des années 90.
Pour eux, l’usine est un repoussoir, la filiation ouvrière est rompue. Il y a en effet une forte opposition dans l’atelier de l’usine entre le groupe des jeunes et le groupe des vieux. Les jeunes refusent par exemple le port systématique du bleu alors que pour les vieux, c’est un signe de distinction ouvrière très important.
Ces jeunes refusent par ailleurs tout militantisme. Dans l’usine, la CGT est délégitimée depuis la fermeture de 1981. Il leur est impossible de concevoir toute lutte collective. C’est le signe le plus manifeste de leur fragilisation sociale.
Dans le cercle familial, beaucoup étaient tout jeunes quand ils ont vu pour la première fois leurs pères au chômage. Ils ont de plus connu une Ecole qui dévalorisait les filières techniques. Ils sont aussi dépendants beaucoup plus longtemps de leurs parents chez qui ils vivent encore souvent après 25 ans, la marché de l’immobilier local étant en pénurie.
Les copains sont donc le dernier moyen de gagner une certaine estime de soi. Ces copains que l’on fréquente au foot participent également de cette reconnaissance sociale. La descente dans une division inférieure est très mal vécue par les jeunes du village qui côtoyaient auparavant des équipes de plus grandes villes. Ils vivent cette descente comme une « désingularisation » : « On est comme les autres maintenant. » Ils ont vécu la fin de la symbiose entre le village et le marché du travail. C’est cela la perte d’autochtonie.

Les questions abordées dans le débat avec la salle ont été :

• Cette jeunesse de Foulange est une jeunesse ouvrière pas du tout agricole. L’étude de cette jeunesse-là reste à faire comme l’étude de la jeunesse aristocratique à l’autre bout de l’échelle sociale.
• Sur la violence, on peut dire qu’il y a encore vingt ans, la force villageoise pesait sur l’honorabilité. Alors que cette violence publique est aujourd’hui plus réprimée, il y a chez les jeunes un recours aux drogues qui augmente encore le conflit entre générations.
• Quel avenir politique pour cette jeunesse ?
Il ya un profond rejet du personnel politique mais demeure une certaine conscience de classe : « on en bave » disent-ils souvent. Le problème est qu’ils ne se sentent représentés par aucune force politique. Aux élections, ils se réfugient souvent dans l’abstention. Ils ont de plus un profond mépris pour le personnel politique local qui n’a plus aucune marge de manœuvre économique pour leur trouver du travail.
• Quelle politique rurale ?
Il y avait dans les années 70 des structures d’encadrement de la jeunesse qui sont aujourd’hui en sévère perte de vitesse. Ce n’est pas tant un problème rural/urbain que la fin d’une politique pour la jeunesse.
• On leur a refusé une certaine reproduction sociale (« faire comme les parents »). Il y a ainsi une grave rupture dans la transmission des savoir-faire.

jeudi 4 juin 2009

Compte-rendu de la conférence d'Arnaud Deborne

Quelle vision du Jura de demain ?

L’écriture avec Bernard Roux du livre Quand le Jura s’éveillera a été pour moi le moment d’un retour, tout provisoire, dans le Jura. Après quelques années passées à Paris au cabinet de Georges Sarre, cet essai a marqué mon retour dans mes terres natales. Retour en fait de courte durée car, si le livre s’est bien vendu (les 500 exemplaires tirés sont épuisés), il n’a eu que peu de conséquences dans le Jura. Je m’en suis moi-même éloigné pour aller m’installer à Genève.

1. Contexte économique 

Le Jura n’est pas une île. Nous sommes dans une économie ouverte sur laquelle nous ne pouvons rien. Or notre département connaît le vieillissement et l’exode de sa population. La part des jeunes et des actifs dans la population baisse encore plus ici que la moyenne régionale déjà faible. Il y a de plus un exode de la population du cœur du Jura, dans les espaces qui ne sont pas aux marges des grandes villes proches.

L’activité industrielle, l’activité traditionnelle, est en repli constant (lunetterie, plasturgie…). La crise touche les fournisseurs de l’automobile, jusque là secteur de repli. La parenthèse industrielle semble se refermer dans le Jura comme ailleurs sans que les élus soient à la hauteur des événements : que faire ? que sauver ? quelles politiques de reconversion ?

2. Problèmes politique et géographiques 

On ne peut que s’attrister devant la vision cloisonnée des élus départementaux. Les conseillers généraux sont enfermés dans leur canton, sans vision générale de développement du Jura. Il y a une absence totale de projet à la dimension du département compris dans un espace plus large, l’arc jurassien.

Le Jura est en fait au centre de l’espace formé par 4 métropoles extérieures à lui : Dijon, Besançon, Genève et Lyon. Le développement particulier de chacune de ces aires métropolitaines aspirant plus ou moins des parties de notre département complique encore plus son fonctionnement propre.

 3. Les avantages du Jura 

Dans notre livre, nous avions mis en avant les avantages de notre territoire. A l’exception du haut-débit dont la mise en place par le Conseil Général avec des moyens techniques déjà dépassés n’est pas du tout à la hauteur de ce que nous préconisions, les autres atouts demeurent : l’environnement, le savoir faire agro-alimentaire, la montagne et les richesses culturelles.

4. Pistes de développement 

 Le dossier du TGV est très négatif pour le Jura au sens où il monopolise l’attention alors que nous ne maîtrisons rien, que rien n’est financé et que de toute façon, le TGV n’apportera à lui seul rien au développement du Jura.

Plusieurs pistes me viennent à l’esprit, bien sûr, il y en a beaucoup d’autres :
• Développer les coopérations dans l’agro-alimentaire entre Poligny et les pôles de recherches de Bourg-en-Bresse et de Dijon
• Revoir la filière bois et la développer vers l’habitat car le développement des normes Haute Qualité Environnementale (HQE) ouvrent des horizons. Pourquoi le bois jurassien est-il bas de gamme ?
• Nous avons un formidable atout environnemental mais nous nous endormons dessus. Pourquoi ne pas développer une filière de traitement du lisier pour en faire du méthane, les Chinois le font déjà ?
• Les Rousses se trouvent à proximité de Genève et de ses institutions internationales. On pourrait utilement développer en partenariat avec nos amis Suisses un campus international de formation aux carrières diplomatiques à destination des pays francophones ainsi que des formations pour intégrer les ONG, très présentes à Genève.

5. Méthode 

Je n’ai plus confiance en ce personnel politique local. Il faut le dépasser en créant des groupes de travail et des lieux d’éducation populaire afin de tisser des liens entre personnes d’un même secteur qui ne se connaissent pas. Eux seuls peuvent inventer et porter des pistes de développement.

 6. Les échos du livre

Je regrette vraiment de ne pas avoir été assez lu par les hommes politiques et les décideurs jurassiens. Nous avons perdus du temps, certains projets ne peuvent plus se faire (haut-débit par fibre optique) et cela au détriment des Jurassiens. Peut-être y a-t-il eu un brouillage du livre par ses auteurs (Bernard Roux, ex-directeur de cabinet au Conseil Général du Jura, Arnaud Deborne partisan de Jean-Pierre Chevènement en 2002) ? Le livre a en revanche eu des lecteurs attentifs ailleurs : Lausanne par exemple.

Bernard Roux a précisé que le livre avait été en effet plus lu à l’extérieur qu’à l’intérieur. Il a été lu à Besançon et par des chefs d’entreprises qui soutiennent les propositions du livre. Il faut en effet du temps par faire passer des idées. Leur production n’est jamais du temps perdu.

Conclusion

Je ne peux que souhaiter que notre livre soit lu ou relu en attentant des suites…

vendredi 10 octobre 2008

Compte-rendu de la conférence de Gaël Brustier

Les socialistes, les altermondialistes et les autres

L’écriture de mon livre (Les socialistes, les altermondialistes et les autres, éditions Bruno Leprince, septembre 2008) parachève deux moments de mon parcours politique : d’abord ma découverte de la Révolution bolivarienne au Venezuela, ensuite la campagne du référendum sur le Traité Constitutionnel européen (TCE).
Une seule question compte : Comment inscrire la gauche dans la durée au pouvoir ?

1. La Révolution bolivarienne

L’expérience vénézuélienne a été, est encore, particulièrement enrichissante. Depuis dix ans, on assiste à la libération d’un peuple par rapport à son élite qui l’a depuis toujours opprimée, délaissée et méprisée. C’est d’autant plus étonnant que c’est sur ce continent qu’ont été testées les idées néolibérales dès les années 1970. Il suffit de se souvenir du Chili d’Allende où régnaient les Chicago boys de Milton Friedman.
A partir du détonateur vénézuélien, un véritable séisme politique a fait basculer à gauche de plus en plus d’Etats d’Amérique latine : Chili, Argentine, Brésil… Il faut aussi comprendre la révolution bolivarienne dans ce contexte continental.

2. La marginalisation des forces progressistes en Europe

Saisissant contraste avec la situation sur le vieux continent. Ici, en effet, les forces de progrès sont en déclin constant et n’arrivent même pas à exister face à une droite caricaturale dans la bêtise comme le montre l’exemple italien. Encore très récemment en Autriche et en Bavière, la droite au pouvoir recul aux élections mais la gauche n’en tire aucun profit électoral.
Il s’agit bien d’un divorce entre la gauche et le peuple. Nous avons vécu, il y a trois ans, lors du référendum sur le TCE, l’énième épisode d’une rupture qui a commencé en France en 1983 au nom de l’Europe. De façon dramatique pour la gauche, comme pour l’idée européenne d’ailleurs, la conversion des élites françaises et européennes aux dogmes libéraux est concomitante de la construction d’une Europe institutionnelle sous la forme d’un méta-Etat qui tourne le dos à la démocratie.

3. Les combats à mener pour les gauches

Il faut d’abord partir des réalités. Le drame du PS aujourd’hui est de ne pas comprendre la nouvelle sociologie française qui voit les couches populaires cumuler les marginalisations sociales et territoriales et de ne pas penser la géopolitique impérialiste des Etats-Unis.
En ne développant vraiment que des thématiques sociétales, socialistes comme communistes laissent les couches populaires en déshérence et donc dans les bras d’une droite néolibérale et faussement volontariste.

4. Les impasses du référendum sur le TCE

Ce moment politique a montré à quel point les couches populaires savaient encore se politiser quand il le faut. On a vu naître une forme d’ « altermondialisme sociologique ». Les citoyens ont pu et su relier leur malaise quotidien à une logique globale (Europe-mondialisation).
Le problème a été que de cette victoire du NON, la gauche noniste n’a rien su en faire. Seule Ségolène Royal a pu, lors des dernières présidentielles, enrayer la chute du PS dans les couches populaires.

Conclusion

Il me semble que l’enjeu pour la gauche française est de savoir construire des analyses communes sur les problèmes majeurs de notre temps. A partir de cette analyse, il sera alors temps d’élaborer un nouveau « front de classe » pour avoir une assise sociale plus stable pour rester au pouvoir plus durablement.
Si j’ai, dans mon livre, fait un détour par le CERES (courant marxiste du PS de 1965 à 1986 animé par Chevènement-Sarre-Motchane), c’est justement pour donner un modèle d’organisation à l’intérieur du PS qui a su en influer la ligne dans une logique de prise de pouvoir (union de la gauche).

Le débat avec la salle

Plusieurs intervenants sont intervenus pour enrichir la réflexion :

• Le premier a mis en avant l’incapacité de la sphère altermondialiste à penser et donc se saisir du pouvoir. D’autant plus, dans une situation de balkanisation de la gauche où les déceptions des années 1980 ont délégitimé les partis au profit des associations et de l’humanitaire.

• Un autre a témoigné que les prémisses de social-libéralisme existaient dès 1981 dans certains organes de la deuxième gauche ou de la CFDT. Il s’est aussi demandé comment propager des idées alternatives au système dans un paysage médiatique autant aux ordres du pouvoir.

• Le rôle du PS ne doit pas être surestimé dans deux domaines. La représentation des couches populaires a longtemps été le cœur électoral du PC et non du PS ; de plus par rapport aux Etats-Unis, le PS a toujours été hésitant dans son histoire entre atlantisme et indépendance nationale.
Le Venezuela est un modèle au sens où le pouvoir s‘appuie sur deux piliers : les partis de gauche et le mouvement social. Il n’y a pas de séparation entre les sphères politique et syndicale. Cela pose en France le problème de la Charte d’Amiens.

• Le président d’ATTAC Jura a expliqué la forte présence dans son association des thématiques écologiques et sur la décroissance. Les partis de gauche devraient plus travailler trois thématiques essentielles : la relocalisation économique (et surtout agricole), la question du protectionnisme et une politique des transports durable.

• A la question qui lui était posée de la place des questions institutionnelles et en premier lieu celle de la 6ème République, Gaël Brustier a répondu que le projet n’était réellement intéressant que si le mandat révocatoire en faisait partie.

mardi 1 avril 2008

Compte-rendu de la conférence de Christophe Ventura

Et si le renouveau démocratique venait d’Amérique latine ?

Introduction de Jean-Philippe Huelin, président du Cercle Jean-Jaurès

Avec cette troisième conférence du cycle, notre cercle aborde ce soir la situation en Amérique latine. Depuis dix ans, le sous-continent américain a en effet changé de visage. De la caricature des régimes dictatoriaux recevant leurs ordres de Washington comme c’était le cas pendant la guerre froide, nous sommes presque miraculeusement entrés dans une phase de réappropriation du pouvoir par les peuples sud-américains avec l’élection d’une grande majorité de présidents de gauche. Sans nier les particularités nationales, qui sont plus fortes qu’on ne le dit souvent en Europe, il s’agit pour nous de comprendre ce qui se passe chez nos frères latins d’outre-Atlantique afin d’en saisir les enjeux géopolitiques, les répercussions sociales et les exemples qu’ils peuvent nous apporter. Pour cela, nous recevons ce soir Christophe Ventura qui a rejoint l’association altermondialiste ATTAC dès sa fondation en 1998. Il en est devenu le responsable du secteur international pour le siège de l’association entre 1999 et 2007. A ce titre, il a participé à la conception, à la promotion et à l’organisation des différents Forums sociaux depuis Porto Alegre en 2001. Ses connaissances et sa proximité quotidienne avec l’évolution politique dans la région font de lui un des meilleurs spécialistes de l’Amérique latine.


Dès la fondation d’ATTAC en 1998, notre tropisme vers l’Amérique latine nous a semblé évident. De part son histoire (sa décolonisation suit notre Révolution) et sa tradition politique de luttes, l’Amérique latine et la France participent de l’émancipation de l’humanité. Il fut donc logique d’organiser, au Brésil, à Porto Alegre en 2001 le premier forum social mondial.

1. Basculement à gauche de l’Amérique latine

Le mouvement commence en 1998, au Venezuela avec Hugo Chavez. Il se poursuit, entre autres, avec Lula au Brésil en 2002, Evo Morales en Bolivie en 2005 et Raphael Corréa en Equateur en 2006.
La « pensée conforme » de la presse française et européenne tente de faire croire à l’existence de deux gauches qui s’opposeraient : d’un coté, une gauche moderne, plus modérée et donc « acceptable » menée par Lula ou Michele Bachelet au Chili, et de l’autre une gauche radicale et « cubaine » menée par Chavez, Morales et Corréa. La réalité est toute autre. Il y a une grande solidarité entre tous les dirigeants de gauche en particulier pour résister à l’hégémonie étatsunienne et aux politiques néolibérales que le « grand-frère du Nord » a tenté d’imposer dans les années 1990.
Certes, des différences nationales existent. Le Brésil semble faire souvent cavalier seul en intégrant avec ardeur le commerce international dans lequel il entend vendre ses produits agricoles. En tant que géant géographique et démographique du sous-continent, il voudrait gagner un rôle de chef de fil régional. Cependant, Lula sait qu’il tient son pouvoir du mouvement social (Mouvement des Sans-Terre, syndicats, etc…).

2. Un laboratoire des idées altermondialistes

Globalement, les dirigeants de gauche ne se sont pas contentés de prendre le pouvoir, il l’exerce en mettant en pratique ce que nous appelons des politiques altermondialistes.
Au niveau national, on peut citer l’exemple du Venezuela où il y a une politique agricole sans OGM, un volontarisme en matière de pluralité médiatique, une politique d’alphabétisation considérable ou un politique de santé la plus égalitaire possible.
Au niveau régional, l’Alternative Bolivarienne pour l’Amérique (ALBA) est un projet de coopération interétatique regroupant le Bolivie, Cuba, l’Equateur, le Nicaragua et le Venezuela. Cette alliance fondée sur des accords politiques de coopération est une initiative lancée pour contrer l’intégration continentale à marche forcée sous la férule étatsunienne (projet ALCA). Les projets de l’ALBA sont concrets : fourniture d’énergie, échange de savoir-faire en matière d’exploitation et de transformation des sources d’énergie, échange de médecins, politiques d’alphabétisation…etc. L’ALBA est dotée d’un conseil qui reste en liaison avec les mouvements sociaux, il favorise aussi les coopérations Sud/Sud (avec l’Afrique) et les coopérations décentralisées avec des communes ou des régions faisant ou non partie de l’ALBA.

3. Front anti-impérialiste

Ces victoires électorales sont autant de brèches dans le modèle néolibérale. Rappelons-nous que le coup d’Etat sanguinaire de Pinochet un 11 septembre 1973 au Chili avait été l’acte inaugural de l’expérimentation in vivo des politiques monétaristes et néolibérales théorisées et mises en pratique par les Chicago boys de Milton Friedman.
En Amérique latine, le plus difficile est de construire un pouvoir politique véritablement adossé au peuple. Il s’agit donc pour cette gauche populaire, toujours écartée du pouvoir jusqu’alors, d’imposer sa légitimité à diriger les institutions nationales tout en continuant à s’appuyer sur le mouvement social qui l’a portée au pouvoir. Cette Révolution par le vote, pied de nez post mortem d’Allende au Che d’une certaine manière, a chamboulé l’organisation partisane dans tous ces pays. Il est tout de même désespérant de constater que tous les partis dit « sociaux-démocrates » d’Amérique latine et, à ce titre, membres de l’Internationale Socialiste se retrouvent largement déportés à droite de l’échiquier politique et partout dans l’opposition !
Cependant, à y regarder de plus près, les prises de pouvoir ont pris des formes différentes selon les pays. Par le bas en Bolivie où les syndicats se sont liés aux mouvements indigénistes pour porter Evo Morales, lui-même indigène et syndicaliste, à la tête de l’Etat. Par le haut au Venezuela suite aux événements du Caracazo en 1989 et l’échec du coup d’Etat d’Hugo Chavez en 1992.

4. Venezuela/Colombie : une crise régionale

La Colombie du président Alvaro Uribe reste le principal et le seul allié des Etats-Unis dans la région. A ce titre, il est largement instrumenté pour lutter contre son voisin le Venezuela, pays certes riche car pétrolier, mais dont le peuple a la curieuse idée, pour les esprits éclairés de Washington, de vouloir dépasser le capitalisme. Les tensions sont donc fortes et certainement durables entre les deux pays.
Suite à la récente crise qui a vu la Colombie attaquer et tuer un chef des FARC sur le territoire équatorien, la décision prise par les Etats d’Amérique latine de régler ce conflit entre eux et sans les Etats-Unis doit être comprise comme une victoire de la diplomatie vénézuélienne car elle montre l’isolement de la Colombie.

5. Le problème des réformes constitutionnelles

Pour pérenniser les acquis des Révolutions sociales, les dirigeants d’Amérique latine savent qu’ils doivent faire entrer dans le droit la démocratisation du pouvoir permise par les élections. Au Venezuela se fut en décembre dernier le premier accroc de la décennie Chavez : la réforme constitutionnelle qu’il portait a été rejetée par une majorité d’électeurs car la mobilisation anti-Chavez a été plus efficace que le parti présidentiel en pleine refondation. L’électorat de Chavez a boudée une réforme touffue et mal expliquée. Chavez a, au passage, montré à ses détracteurs qu’il pouvait perdre des élections. Etrange pour un « dictateur »… !
En Bolivie, la question est toute aussi brûlante et pourrait déséquilibrer le pouvoir du président Morales dans la mesure où il y a alliance objective entre les mouvements indigénistes les plus radicaux et l’opposition pour demander une plus grande décentralisation. Le risque serait de permettre une sécession de fait des régions les plus riches, contrôlées par l’opposition, qui refuseraient dès lors de payer pour les régions plus pauvres.

Débat avec la salle

• Banque du Sud : c’est une banque régionale qui travaille en parallèle avec l’ALBA. Ses fonds sont encore faibles mais elle monte en puissance sur des projets de coopération

• La question énergétique : le projet Petro Sur vise à mutualiser l’acheminement du pétrole et du gaz sur tout le continent

• Relations FARC/Chavez : Chavez n’est pas un soutien politique des FARC, il ne les considère cependant pas comme des terroristes (Colombie, USA) mais comme des belligérants (comme tous les autres Etats d’Amérique latine). Dans la crise interne à la Colombie, Chavez joue les intermédiaires pour placer le Venezuela en position d’acteur diplomatique majeur dans la région.

• Relations Chavez/Iran : En tant que militant, il est pénible de voir Chavez dans les bras d’Ahmadinejad. Cependant, en tant qu’observateur des relations internationales, il faut comprendre que Chavez cherche des coopérations techniques avec d’éventuels partenaires et qu’il n’a pas les réponses à la hauteur de ses attentes ni de l’Europe ni de la France en particulier. Il se tourne donc vers ceux qui n’obtempèrent pas aux recommandations d’ostracisme menées par les Etats-Unis contre le Venezuela. L’Iran fait partie de ceux qui résistent à l’empire.

• L’affaire RCTV au Venezuela : la presse européenne a monté en épingle une décision logique, légale et démocratique. RCTV a participée au coup d’Etat tenté contre Chavez en 2004. C’est une télé poubelle, d’opposition certes mais comme toutes les chaines de télé au Venezuela. De plus, il n’y a pas de chaine publique et RCTV occupait un canal hertzien, propriété de l’Etat, qui peut naturellement retirer son agrément, ce qu’il avait fait plusieurs mois avant la « crise ».

• Accords bilatéraux : Ne pouvant imposer son projet ALCA, les Etats-Unis tentent de passer en force en arrachant aux Etats d’Amérique latine des accords bilatéraux déjà signés avec le Mexique, la Colombie et le Pérou. Ces accords de libre-échange, très favorables aux « gringos », sont régulièrement dénoncés surtout par les peuples des pays signataires.

• Plan Colombie : c’est un plan de surarmement financé par les Etats-Unis. Il joue la guerre contre la drogue, niant la nature sociale et politique du conflit avec les FARC.

samedi 1 mars 2008

Compte rendu de la conférence de Julien Landfried

La société française face au communautarisme

C’est en 2003 que j’ai fondé l’Observatoire du communautarisme dont vous pouvez suivre les travaux sur son site Internet. Il était important pour moi et pour ceux qui m’accompagnent de démasquer les risques du surgissement communautaire. Ce travail a donné naissance au livre dont je vous parlerai ce soir Contre le communautarisme paru l’année dernière aux éditions Armand Colin.

1. Définition du communautarisme

Pour reprendre la typologie de Pierre-André Taguieff (« Vous avez dit communautarisme ? », Le Figaro, 17 juillet 2003), le terme communautarisme peut avoir plusieurs acceptions :

 Mode d'auto-organisation d'un groupe social, fondé sur une parenté ethnique plus ou moins fictive (mais objet de croyance), dans une perspective ethnocentrique plus ou moins idéologisée, sur le modèle « nous versus les autres » (« nous » : les meilleurs des humains, les plus humains d'entre les humains). Communautarisme devient synonyme de tribalisme.

 Vision essentialiste des groupes humains, chacun étant doté d'une identité essentielle dont on suppose qu'elle est partagée par tous ses membres ou représentants. L'individu est réduit à n'être qu'un représentant plus ou moins typique de ce qu'on imagine être le groupe dans sa nature abstraite ou son essence. L'imaginaire communautariste partage cette vision essentialiste avec la pensée raciste ou l'idéologie nationaliste.

 Politique en faveur des identités de groupe, culturelles ou ethniques, fondée sur la reconnaissance de la valeur intrinsèque et du caractère irréductiblement multiple de ces identités au sein d'une même société, toutes étant supposées également dignes de respect, donc jugées libres de s'affirmer dans l'espace social. Telle est la vision angélique du multiculturalisme, celle qu'en donnent ses partisans déclarés.

 Mais le communautarisme peut aussi désigner l'usage politique d'un mythe identitaire fondé sur l'absolutisation d'une identité collective. Ou encore caractériser une politique fondée sur le droit à la différence suivi dans toutes ses implications et radicalisé en obligation, pour chaque individu, de maintenir avant tout sa différence, c'est-à-dire l'appartenance de groupe qu'il privilégie (disons, une culture d'origine, religieuse le plus souvent, naturalisée). En ce sens, le communautarisme apparaît comme une forme de néo-racisme culturel et différentialiste.

2. Les acteurs du communautarisme

Ils sont de trois sortes :
• Les entrepreneurs communautaires, ils sont nombreux et les plus visibles se nomment : CRIF, CRAN, CFCM
• Les hommes politiques qui enfourchent, avec plus ou moins de bonnes consciences et d’intérêts électoraux, l’un ou l’autre des combats communautaires
• Les médias qui relaient complaisamment ce type de discours

De toute évidence, ces acteurs, en promouvant le communautarisme, vont dans le sens d’une rupture du principe d’égalité républicaine. Il suffit pour s’en convaincre de regarder l’actualité très récente. Quand on parle de « corsisation des emplois », on sort de la République !

3. La gauche face au communautarisme

Il semble bien que la gauche ait, depuis trente ans, changé de paradigme : elle a substitué au prolétariat la défense de toutes les communautés et de toutes les victimes d’aujourd’hui ou de l’histoire.
Le socialisme est devenu une sorte d’anti-racisme victimaire, la République une mosaïque de communautés et la France une province de l’Europe « qui elle au moins sait défendre les communautés méprisées ». Les élites françaises, et surtout celles prétendument de gauche, se sont laissé séduire par le doux chant communautaire avec d’autant plus d’élan qu’elles disqualifiaient le désir de faire France.

4. Le communautarisme comme révélateur d’une France bloquée

Le communautarisme n’a pu percer en France que par un amoindrissement de l’idéal républicain. Quand l’ascenseur social ne marche plus, l’endogamie sociale devient la norme et la ségrégation spatiale la conséquence d’une France fracturée. Le communautarisme est un supplément d’âme pour une élite de gauche qui a ouvertement abandonné le peuple.

Débat avec la salle

Les échanges avec l’assistance permettent à notre invité de préciser certains points :

• La communauté profite d’une sorte de brevet d’ancienneté, c’est en effet le modèle traditionnel d’organisation sociale. Il ne faut pas dire que la République a échouée car elle est un modèle plus jeune et très ambitieux.

• L’incapacité de la gauche a résisté aux intimidations et aux rodomontades de beaucoup d’associations communautaires révèle sa propre indétermination idéologique, comme si l’exigence républicaine était trop lourde à porter.

• Nous devons garder confiance car l’idéal républicain est résilient dans le fond de la population française. La gauche doit reprendre courage et défendre ses valeurs. Elle n’a pas le droit de substituer une société victimaire à une société de confrontation sociale.

mercredi 30 janvier 2008

Compte-rendu de la conférence de Michel Vernus

Le combat pour la République en France et dans le Jura au XIXe siècle

Le combat pour la République au XIXème siècle est dans la poursuite du cycle révolutionnaire pendant lequel le régime républicain a rejailli du fin fond des âges. Si elle est née pendant l’Antiquité, notre République s’inspire surtout du siècle des Lumières avec son opposition farouche à l’absolutisme royal.
Pour emporter l’adhésion du pays, l’idée républicaine a due gagner à sa cause les campagnes françaises. A cet égard, notre département rural du Jura va nous permettre de mieux comprendre le sens et les étapes de ce combat pour la République.

1.Jules Grévy, président de la République, républicain et jurassien

Pour Jules Grévy, le souvenir de la Révolution s’est transmis au sein de sa famille oralement et par écrit. Dans les campagnes comme le Jura, elle suscite enthousiasme et peur (la Terreur).
Jules Grévy fut le premier président républicain de la République troisième du nom. Il l’a été 9 ans de 1879 à 1886. Pendant cette période, les piliers du régime ont été mis en place. De même que Jule Ferry ou Léon Gambetta, Grévy est un républicain qui rassure la population et c’est là l’objectif des républicains : ne plus faire peur. « Je ne veux pas que la République fasse peur » dit Grévy dès les années 1830.

2.Cheminement de l’idée républicaine au XIXème siècle

Pour réussir à s’imposer, pour réussir à transformer l’essai de la période révolutionnaire, la République doit engager un long combat qui dure près d’un siècle.

a)La République clandestine (1805-1848)

Pendant ce premier 19ème siècle, la République est un régime honni et comparé à la période de la Terreur. Ses défenseurs sont rares car poursuivis par la police tant impériale que monarchique. Cette République clandestine se renouvelle dans des idéologies naissantes avec le siècle comme le socialisme inventé par Pierre Leroux en 1833.
Dans les campagnes, des sociétés républicaines au recrutement populaire survivent : celle d’Arbois compte même 600 adhérents en 1831.

b)La Deuxième République et le Second Empire 1848-1870)

La 2ème République est éphémère (3 ans) car la France n’est pas encore républicaine, le suffrage universel que les Républicains ont instauré par naïveté le montre. Dès les élections de juin 1848, les résultats entrainent la méfiance entre les ouvriers qui se détachent de « la Sociale » et les bourgeois qui craignent les « Rouges » ; les libertés publiques gagnées en février sont rognées dès juin. La France entre dans la République conservatrice qui voit la division des Républicaines entre les radicaux (les « rouges ») et les modérés (les « bleus »), dont fait partie Grévy. Très vite d’ailleurs, les « rouges » entrent en clandestinité (la Charbonnerie survit par ses écrits et sa presse pourchassées par le pouvoir).
L’idée républicaine se réfugie dans des sensibilités existantes (Proudhon, Fourrier, Icariens…). Le coup d’Etat du 2 décembre 1851 exile près de 20 000 républicains qui se dispersent en Europe. Le courant communiste de Cabet (originaire de Bourgogne) essaime grâce à des brochures distribuées par des colporteurs dans les milieux artisanaux (charrons, maréchaux-ferrant) dont l’organisation facilite la propagande.
Jules Grévy est élu député au Corps législatif en 1868, il est le 5ème député républicain élu pendant l’empire de Napoléon III.

c)La Troisième République

L’expérience de 1848 a été longuement méditée par les Républicains qui donc se méfient et rejettent l’élection d’un président au suffrage universel. Les deux premiers présidents, élus par les Assemblées, de cette République (Adolphe Thiers et Mac-Mahon) sont d’ailleurs des monarchistes qui se donnent pour mission, comme la majorité monarchiste de la Chambre des députés, de convaincre le comte de Chambord de prendre le pouvoir et de restaurer la monarchie. Le septennat est d’ailleurs créé pour donner du temps à cette opération mais le problème du drapeau blanc sauve la République.
Léon Gambetta et les Républicains mènent un combat politique pendant toutes cette décennie 1870 pour ancrer la République dans les consciences ; le nombre de républicains augmente régulièrement à la Chambre comme au Sénat. A cet égard, l’élection de Grévy à la présidence est un aboutissement : les Républicains sont maîtres de la République.
La République s’installe donc avec à sa tête ceux que l’on appelle les Républicains opportunistes, alors que les Républicains radicaux occupent une opposition de gauche avant de prendre le pouvoir à la fin du siècle. Les vingt ans entre 1879 et 1899 voient les grandes lois républicaines aboutir : presse, syndicat et Ecole. Il ne manque que la loi sur les associations et celle de Séparation pour parachever l’œuvre des Républicains.

3.La République comme bataille culturelle

Pendant ce siècle, il y eu une myriade d’associations et de réseaux qui ont diffusé l’idée républicaine :
•La Franc-maçonnerie, présente à Lons, Dole et Saint-Claude au recrutement bourgeois
•La Libre pensée, la plus influente, la plus populaire dans son recrutement dans les milieux urbains et ruraux
•La Ligue des Doits de l’Homme
•Le réseau des bibliothèques populaires qui diffuse de la littérature républicaine

Les républicains disposent d’autres moyens : les commémorations, les fêtes, les banquets et autres symboles mais c’’est un combat très rude entre deux France comme le montre l’Affaire Dreyfus.

Aujourd’hui encore, la République est un combat qui doit continuer :
•La laïcité
•L’équilibre exécutif / législatif
•La contestation sociale ou lutte des classes comme dépassement de principes abstrait pour devenir des réalités concrètes.

Les thématiques abordées dans le débat avec la salle ont été :

•La notion de bataille culturelle
•L’éducation comme mode de défense de la République et du rôle de l’instruction civique
•Fin de l’idée républicaine dans le monde d’aujourd’hui ?
•La part des utopies dans ce combat
•La gauche d’aujourd’hui est-elle rassurante ?
•Développement sur la République arboisienne de 1834
•La notion d’internationalisme
•La culture populaire

Conclusion par Jean-Philippe Huelin, président du Cercle Jean-Jaurès

Ce qui me parait très intéressant dans le propos de Michel Vernus, et que l’on oublie trop souvent, c’est cette période où l’idée républicaine, pourtant érigée et à cause de cela même comme un modèle et un aboutissement révolutionnaire, devient une option politique interdite et combattue par les Empires personnalisés et la Monarchie restaurée. Cette « République des Catacombes » a demandé à ceux qui la défendaient un tel sacrifice qu’ils me font penser à nos Résistants de la dernière guerre mondiale. Ils sont, plus que d’autres encore, admirables.

On devrait ici faire une étude médiologique, discipline inventée par Régis Debray, pour aborder la force performative de l’idée républicaine. C’est-à-dire comprendre par quels moyens et selon quelles étapes l’idée de République se transforme en régime républicain ; c’est ce qu’il y a entre l’idée et la réalisation de cette idée.

D’autres thèmes ont retenu mon attention et pourraient faire l’objet d’autres réunions de notre cercle :
•La question de la bataille culturelle invite à relire Antonio Gramsci qui avait théorisé la notion de combat pour gagner l’hégémonie culturelle qui est la condition à la victoire politique. Nous avions vu lors de notre première réunion en juin dernier comment Nicolas Sarkozy y est parvenu à la dernière élection présidentielle.
•Les rapports entre lutte des classes et République, question ancienne un temps résolue par Jaurès, semble se reposer à notre société ainsi que le cadre internationaliste pour la lutte socialiste.
•Les rapports entre l’utopie et l’idée socialiste.
•La question scolaire et plus particulièrement celle de l’instruction civique mérite notre attention. Il en est de même pour la laïcité. Que de travail en perspective !

Pour finir, je vous engage à lire le livre de Michel Vernus qui développe son propos du jour : La République au village dans le Jura (1789-1914)

vendredi 29 juin 2007

Compte-rendu de la première réunion

Le Cercle Jean-Jaurès, pour retisser des liens à gauche après les défaites du printemps 2007

Introduction par Jean-Philippe Huelin, Président du Cercle Jean-Jaurès

Présentation du Cercle
Notre cercle entend devenir un espace politique de discussion et de réflexion, ouvert à tous, à gauche et au-delà. Nous devrons savoir ouvrir au maximum ce cercle pour élargir nos réflexions et créer à l’échelle locale un embryon de forum où tous les progressistes puissent se parler.
Nous l’avons placé sous les auspices de Jean Jaurès car il fut le grand rassembleur des socialistes français il y a maintenant plus d’un siècle. Il est pour nous une référence car il a su reconstruire l’idéologie et rechercher l’unité, deux tâches auxquelles il est urgent de s’atteler.
Nous fonctionnerons de façon privilégiée sous la forme de réunion publique thématique avec des invités locaux ou nationaux capables de nous éclairer sur tel ou tel sujet. Le moment venu, un journal interne ou un blog pourront utilement relayer notre existence et nos activités.

Bilan des scrutins du printemps 2007
Avant de lancer la discussion, je vous propose quelques éléments d’analyse :
• Electoralement, la nette défaite de notre candidate au 2nd tour de la présidentielle s’explique par le faible score des gauches au 1er tour alors que la droite avait fait son unité autour de Nicolas Sarkozy.
Le sursaut de la gauche au 2nd tour des législatives ne permet pas pour autant d’éviter une nouvelle défaite qui marque aussi la perte de valeur pour cette élection qui suit immédiatement la présidentielle. L’abstention y a d’ailleurs été plus forte.
• Géographiquement, on peut observer une nouvelle carte électorale pour la droite qui est forte dans le Sud-est, l’Est et le Bassin parisien, c’est-à-dire, la France peuplée et industrieuse. La gauche, elle, confirme sa percée dans l’Ouest et dans les villes-centres mais cette progression ne compense pas les pertes.
• Sociologiquement enfin, les jeunes actifs et les plus de 65 ans ont massivement voté Sarkozy, les jeunes étudiants et les baby-boomers plutôt Royal. Cette dernière augmente le score réalisé par le PS chez les ouvriers avec 20% contre 12% pour Jospin en 2002. Mais cela reste trop faible. L’opposition centre/périphérie recoupe gagnants/perdants de la mondialisation et ce sont les gagnants qui votent plutôt pour la gauche !

La gauche a donc devant elle un énorme combat pour les valeurs de gauche, un combat culturelle au sens de Gramsci, si elle veut retrouver le pouvoir. Ce combat pourrait s’articuler autour de 4 ensembles de thématiques que nous pourrions décliner à notre échelle :
 Lutte contre les présupposés de la mondialisation néolibérale
 Travail, solidarité, mérite
 Identité nationale, internationalisme
 Institutions

Interventions dans la salle

 Marc-Henri Duvernet, militant socialiste, dénonce les mensonges de la campagne de Sarkozy. La gauche doit retrouver le sens des mots et des choses et les expliquer à nos concitoyens. Il y a bien une bataille culturelle à base de mots qu’il faut mener.

 Joseph Desvignes, militant socialiste, revient sur les ouvriers qui ne sont jamais évoqués par les candidats socialistes (Jospin-Royal) alors qu’ils existent toujours ! Les idées de nation et d’autorité ont certes été reprises par notre candidate mais pas assez. D’ailleurs, le vote rural fort pour la droite compte souvent des exclus des villes à cause de la hausse du logement.

 Patrick Viverge, candidat socialiste dans la circonscription de Dole, va dans le même sens. Nous avons été victimes d’une campagne marketing, fondée sur l’affect et non l’intelligence des électeurs. Il y a une inadéquation entre la réalité sociale et les discours. Nous sommes tous victimes de cette communication à coup de slogan.

 Elisabeth Boyer, candidate radicale de gauche dans la circonscription du Haut-Jura, pense que le candidat de droite a mieux su porter la « valeur travail » que la gauche car les 35h ont engendré modération salariale et baisse du niveau de vie des salariés. Si la stigmatisation des RMIstes a été autant favorables au candidat de droite, c’est parce que la peur de la déchéance sociale et du déclassement n’a jamais été aussi forte. Paradoxalement, nous devons comprendre, même si c’est dur à accepter, que le vote Sarkozy est pour beaucoup un vote d’espoir. La gauche n’a pas su faire rêver.

 Sylviane Pernet, candidate communiste dans la circonscription de Lons, met en avant le paradoxe d’une France à droite alors que les attentes sont à gauche. Cette incompréhension entre la gauche et le peuple vient de la déception de l’expérience de la Gauche plurielle de 1997-2002. Nous devons revendiquer les 35h, le travail reste dur, il faut en donner à tous et il faut le revaloriser au niveau de salaires (1500 € brut).

 Patrick Viverge rebondit sur une remarque de Monique Bachellier qui dénonçait l’absence de la gauche du terrain social et syndical, la gauche et le PS en particulier furent absents du terrain local. Il montre aussi que la France n’a pas compris qu’elle était socialement de gauche, qu’elle avait besoin de la gauche pour faire face à ses problèmes.

 Joseph Desvignes ne veut pas qu’on laisse assimiler gauche et vœu de pauvreté. La France a une très forte productivité, c’est le partage de la valeur ajoutée qui est très inégale.

 Elisabeth Boyer dit que la gauche n’a pas été crédible dans les petites entreprises et le commerce. Forte de son expérience dans le Haut-Jura, elle met en avant le rôle excessif des maires et des conseillers généraux sur le vote. Il y a un affaissement de l’idéal républicain au profit d’un système clientéliste.